fête de la musique
juin 23, 2008
Fantômes urbains
juin 14, 2008
Il existe à Paris, comme d’ailleurs dans toutes les villes, un certain nombre de lieux magiques. Loin des cours secrètes de Venise – pavés herbeux et chats mystérieux sur les margelles des puits, pour ceux qui approchent la lagune à travers les pages d’Hugo Pratt -, ces lieux ne sont pas forcément romantiques ou même remarquables. On peut y passer plusieurs fois, on peut y flâner toute sa vie sans remarquer quoi que ce soit. Et pourtant…
L’un de ces lieux étranges se situe tout au bout des Champs-Elysées. La place Clémenceau plus exactement, tout près des cinémas, du Virgin, de Louis Vuitton et Joe Dassin, et pourtant tellement loin. On y croise des fantômes. Le périmètre d’apparition s’étend de la station de métro Champs Elysées-Clémenceau jusqu’au grand palais.
Des rencontres inattendues, des personnes qu’on n’avait pas vues depuis longtemps et dont on est bien forcé de constater la réapparition à ce moment précis, comme un évènement vaguement surnaturel. On se salue; la plupart du temps la conversation ne prend pas, n’atteint pas la bonne température, la consistance idéale; on n’a pas grand chose à se dire. C’était sympa, faudrait qu’on s’appelle. Peut-être. Un signe de la main, c’est déjà fini, on regagne le monde des vivants ; content, un peu déçu au fond, puisqu’on sait que personne ne rappellera. C’est peut-être mieux comme ça?
A l’heure de Facebook, à l’heure de l’impossible oubli, de l’archive et du réseau: être surpris, simplement, par un visage connu aperçu place Clémenceau.
Monstre de Noël
juin 8, 2008

Avec un peu de recul, revenir au Conte de Noël. Énoncer d’abord quelques évidences, la finesse de l’écriture, le jeu uniformément excellent des acteurs, l’intelligence de la mise en scène. Une fois ces qualités – incontestables – exposées, a-t-on seulement commencé à faire le tour du film? Approchons-nous, cherchons une entrée. Cette littérature, ce brio, cette frime même pourrait légitimement repousser; et pourtant tout fonctionne, car le spectateur est sans cesse convié au banquet, à la fête. Les dialogues très écrits ne sonnent jamais précieux ou artificiels – je repense à Astrée et Céladon, mais probablement Rohmer cherche-t-il autre chose, la comparaison ne tient pas. J’aimerais pouvoir un jour écrire quelque chose comme la lettre d’Amalric à sa soeur. Tout le monde aimerait, probablement.
Desplechin lance des pistes qu’il ne poursuit pas, tente tout par plaisir ou par provocation, veut faire cinq films en un, étale ses références tout en les piétinant. La salle des fêtes de Roubaix, le frère timide prend les platines, les lumières stroboscopiques, c’est presque plus la France, bientôt Los Angeles.
J’y retrouve ce que j’aime dans certains film de Resnais, cette impression de film-monde, microscopique mais qui contient tout et où tout peut arriver (l’appartement d’On connait la chanson et ses méduses, le petit village de Smocking). L’opposé du film choral, avec ses personnages placés sur des rails et le réalisateur catapulté aiguilleur sncf. Un petit monde avec son monstre dans la cave (résumer le film: une histoire de monstre), ses feux d’artifice et ses névroses. Mais – pour en finir avec Resnais, ici tout est plus jeune et plus vigoureux, moins soumis à des dispositifs ou plutôt se faisant une joie de creuser des brèches. Un monde qui déborde de partout.
Citer quelques scènes enfin, les adieux dans la cuisine entre Simon et Sylvia, la visite au grand magasin de Faunia et Junon, Henri ivre passant par la fenêtre et saluant de la main la nuit et la neige. Arrêter ici le catalogue et préciser que les 2h30 du film filent sans ennui.
Phrase repêchée dans une interview du réalisateur: “Ce qui serait formidable, c’est de parvenir à faire dans le même geste des films qui seraient secs comme des films français et scintillants et vulgaires comme des films américains, et surtout de ne pas être de bon goût comme les européens”. Je pense que cette ambition est ici réalisée.

Bienvenue
juin 3, 2008
Pourquoi ce blog ? Pour quels lecteurs ?
Exercice un peu difficile, prétentieux peut-être. On parlera ici cinéma, musique, littérature, jeux-vidéos, sans distinction ni hiérarchie, faire le tour de ces mondes passionnants qui habitent nos jours. Il y aura parfois des photos, pas toujours. Ce sera drôle – je l’espère, de temps en temps, on s’ennuiera aussi un peu, comme dans la vraie vie.
Dans la mesure du possible, les billets seront liés entre eux, comme un jeu de piste, se répondant mutuellement.
Bienvenue à vous, lecteurs inconnus !

