Fantômes urbains
juin 14, 2008
Il existe à Paris, comme d’ailleurs dans toutes les villes, un certain nombre de lieux magiques. Loin des cours secrètes de Venise – pavés herbeux et chats mystérieux sur les margelles des puits, pour ceux qui approchent la lagune à travers les pages d’Hugo Pratt -, ces lieux ne sont pas forcément romantiques ou même remarquables. On peut y passer plusieurs fois, on peut y flâner toute sa vie sans remarquer quoi que ce soit. Et pourtant…
L’un de ces lieux étranges se situe tout au bout des Champs-Elysées. La place Clémenceau plus exactement, tout près des cinémas, du Virgin, de Louis Vuitton et Joe Dassin, et pourtant tellement loin. On y croise des fantômes. Le périmètre d’apparition s’étend de la station de métro Champs Elysées-Clémenceau jusqu’au grand palais.
Des rencontres inattendues, des personnes qu’on n’avait pas vues depuis longtemps et dont on est bien forcé de constater la réapparition à ce moment précis, comme un évènement vaguement surnaturel. On se salue; la plupart du temps la conversation ne prend pas, n’atteint pas la bonne température, la consistance idéale; on n’a pas grand chose à se dire. C’était sympa, faudrait qu’on s’appelle. Peut-être. Un signe de la main, c’est déjà fini, on regagne le monde des vivants ; content, un peu déçu au fond, puisqu’on sait que personne ne rappellera. C’est peut-être mieux comme ça?
A l’heure de Facebook, à l’heure de l’impossible oubli, de l’archive et du réseau: être surpris, simplement, par un visage connu aperçu place Clémenceau.
