Monstre de Noël

juin 8, 2008

Avec un peu de recul, revenir au Conte de Noël. Énoncer d’abord quelques évidences, la finesse de l’écriture, le jeu uniformément excellent des acteurs, l’intelligence de la mise en scène. Une fois ces qualités – incontestables – exposées, a-t-on seulement commencé à faire le tour du film? Approchons-nous, cherchons une entrée. Cette littérature, ce brio, cette frime même pourrait légitimement repousser; et pourtant tout fonctionne, car le spectateur est sans cesse convié au banquet, à la fête. Les dialogues très écrits ne sonnent jamais précieux ou artificiels – je repense à Astrée et Céladon, mais probablement Rohmer cherche-t-il autre chose, la comparaison ne tient pas. J’aimerais pouvoir un jour écrire quelque chose comme la lettre d’Amalric à sa soeur. Tout le monde aimerait, probablement.
Desplechin lance des pistes qu’il ne poursuit pas, tente tout par plaisir ou par provocation, veut faire cinq films en un, étale ses références tout en les piétinant. La salle des fêtes de Roubaix, le frère timide prend les platines, les lumières stroboscopiques, c’est presque plus la France, bientôt Los Angeles.
J’y retrouve ce que j’aime dans certains film de Resnais, cette impression de film-monde, microscopique  mais qui contient tout et où tout peut arriver (l’appartement d’On connait la chanson et ses méduses, le petit village de Smocking). L’opposé du film choral, avec ses personnages placés sur des rails et le réalisateur catapulté aiguilleur sncf. Un petit monde avec son monstre dans la cave (résumer le film: une histoire de monstre), ses feux d’artifice et ses névroses. Mais – pour en finir avec Resnais, ici tout est plus jeune et plus vigoureux, moins soumis à des dispositifs ou plutôt se faisant une joie de creuser des brèches. Un monde qui déborde de partout.
Citer quelques scènes enfin, les adieux dans la cuisine entre Simon et Sylvia, la visite au grand magasin de Faunia et Junon, Henri ivre passant par la fenêtre et saluant de la main la nuit et la neige. Arrêter ici le catalogue et préciser que les 2h30 du film filent sans ennui.
Phrase repêchée dans une interview du réalisateur: “Ce qui serait formidable, c’est de parvenir à faire dans le même geste des films qui seraient secs comme des films français et scintillants et vulgaires comme des films américains, et surtout de ne pas être de bon goût comme les européens”. Je pense que cette ambition est ici réalisée.